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Traduit par
Lionel Tixeire
Publié le
2 mai 2017
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J.Crew : Blackstone s'implique dans la restructuration de la dette

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Reuters
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Lionel Tixeire
Publié le
2 mai 2017

GSO Capital Partners, la branche de crédit du groupe d'investissement Blackstone, a racheté une partie de la dette de J. Crew. Selon des sources proches du dossier, cette transaction – qui pourrait s'avérer profitable pour l'investisseur américain – devrait apporter une bouffée d'air à la marque menacée de faillite.

J. Crew


J. Crew – dont les ballerines et cardigans en cachemire étaient autrefois plébiscités par la classe moyenne américaine – souffre de l'érosion de ses ventes et lutte pour s'adapter à l'évolution des préférences des consommateurs dans un contexte d'intense concurrence de la part d'enseignes meilleur marché. La marque croule actuellement sous 2,1 milliards de dollars de dettes (1,92 milliard d'euros).

En particulier, 567 millions de dollars d'obligations non garanties arrivent à échéance en 2019. Afin de réduire le fardeau de sa dette, J. Crew souhaite réduire ce montant de moitié, en transférant la propriété intellectuelle de sa marque éponyme dans une nouvelle entreprise, mais la marque doit faire face à l'opposition de ses autres créditeurs.

J. Crew a précisé que les obligations – qui ne bénéficient actuellement d'aucun collatéral – pourraient par la suite être échangées contre celles de la nouvelle entreprise. Une partie du capital serait aussi offerte aux détenteurs de ces obligations.

Les autres enseignes – elles aussi souvent endettées – suivront certainement de près cette restructuration, dans un contexte où la concurrence imposée par de grands groupes comme Amazon a déjà conduit d'autres marques comme Payless ShoeSource ou encore Aérospostale à la faillite. « J'imagine que beaucoup d'entreprises qui ont la possibilité de faire de même dans le cadre de leurs contrats de crédit sont en train de discuter avec leurs avocats et pensent à des options originales », a ainsi déclaré Raya Sokolyanska, analyste chez Moody's Investor Services.

Selon les mêmes sources mentionnées par Reuters, les créditeurs d'un prêt de 1,53 milliard de dollars en faveur de J. Crew – qui comprennent les fonds d'investissement Eaton Vance Management et Highland Capital Management – ont averti l'entreprise qu'ils considéreraient l'entreprise comme étant en défaut,  l'échange lié à la restructuration de l'obligation ayant pour effet d'exclure la propriété intellectuelle de leurs propres garanties.

J. Crew a pour sa part saisi la Cour suprême de l'Etat de New York afin d'empêcher ces derniers de faire échouer l'échange.

Afin de sortir de cette impasse et aussi d'accroître ses possibilités de profit, GSO, qui détient des obligations de J. Crew, a racheté une partie du prêt de l'entreprise sur le marché secondaire, selon les sources qui ont souhaité rester anonymes en raison du caractère privé de la transaction.

L'objectif de GSO est d'acquérir une position de contrôle au niveau du prêt, ce qui lui permettrait d'attribuer une dérogation qui permettrait à J. Crew de mettre en œuvre cette restructuration. Dans ce cadre, la branche de crédit du groupe Blackstone travaille activement avec d'autres créditeurs comme le hedge fund Anchorage Capital Group.

L'issue du plan de GSO pourrait déterminer si J. Crew sera ou non capable d'éviter la faillite, l'entreprise n'ayant pas la capacité de rembourser l'obligation lorsque celle-ci arrivera à maturité en 2019. Les agences de notation de crédit ont par ailleurs averti que l'entreprise pourrait avoir à faire faire à une crise de liquidité avant cette date.

L'échange d'obligations aurait pour conséquence de repousser de deux ans la maturité de la dette correspondante, c'est-à-dire jusqu'en 2021; ce qui pourrait donner assez de temps aux actionnaires de contrôle TPG Capital et Leonard Green & Partners pour redresser l'entreprise. En échange de son soutien, GSO aurait demandé à J. Crew d'améliorer son offre.

Il n'a pas été possible pour Reuters de déterminer le montant payé par GSO et Anchorage Capital pour la dette de J. Crew. L'obligation de J. Crew est cotée à 50 cents pour un dollar et le prêt, qui arrive à maturité en 2021, est pour sa part coté à 66 cents, selon Thomson Reuters.

Il existe toutefois un risque que GSO et Anchorage Capital ne soient pas capables d'accumuler une position majoritaire dans le prêt en question. Par ailleurs, selon Moody's, si cette restructuration pourrait repousser la perspective d'une faillite, elle obligera aussi l'entreprise à verser des paiements de licence pour pouvoir utiliser sa propre marque.

Sans l'intervention de GSO, le sort de J. Crew serait par contre resté suspendu au résultat de la confrontation avec ses autres créditeurs concernant l'usage de sa marque.

TPG et Leonard Green ont racheté J. Crew en 2011 dans le cadre d'un LBO de 3 milliards de dollars. Ils ont par la suite accru la dette de l'entreprise et empruntant 787 millions de dollars supplémentaires qu'ils ont utilisés pour se verser des dividendes, selon Moody's.

J. Crew commercialise ses produits à travers 281 magasins J. Crew, 113 magasins Madewell et 181 magasins d'usine, ainsi qu'en ligne et par catalogue. Ses ventes ont atteint 2,4 milliards de dollars (2,2 milliards d'euros) au cours de l'exercice clos au 31 janvier, contre 2,5 milliards de dollars l'année précédente.

J. Crew a annoncé la semaine dernière la suppression de 150 emplois, principalement au sein du siège de New York. Les économies liées aux suppressions d'emplois devraient atteindre un total de 30 millions de dollars.

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