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25 mai 2012
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Mathieu Forestier: "tous les sites masculins ont opté pour le même moule"

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25 mai 2012

Dressing The Man, Mr Porter, Menlook, L’Etage Homme ou Studio Homme, l’offre mode sur internet explose depuis quelques mois. Mathieu Forestier, co-directeur de White Sky, bureau de style et agence de conseil en stratégie pour de nombreuses marques de prêt-à-porter masculin (Celio, Devred, Décathlon…), revient sur la nouvelle donne d’un marché en devenir.


Mathieu Forestier

FashionMag: Le nombre de multimarques online dédiés aux hommes est-il en train d’exploser ?
Mathieu Forestier: Oui, et la tendance est récente. Si Menlook a été lancé en septembre 2010, c’est en 2011 que l’accélération s’est produite. Mr Porter, la déclinaison pour hommes de Net-à-porter, L’Exception, ou Dressing The Man, tous ont été lancés l’année dernière. Reste à confirmer en termes d’audience. D’après le rapport de Médiamétrie de janvier 2012, Menlook, avec à peine 1 an et demi d’existence, arrive déjà à la 152ème position dans le classement des sites dédiés à la mode et à la beauté en France.*

FM: Sur quel modèle se construisent ces sites masculins ?
MF: Pour l’instant, tous ont opté pour le même moule, un mix entre les sites de ventes tel que Abercrombie & Fitch et les nombreux blogs mode ou magazines online lifestyle dédiés aux hommes. L’exemple de Hype Beast, magazine online masculin et sportswear basé à Hong-Kong, donne une bonne idée de l’inspiration que l’on retrouve aujourd’hui sur Dressing The Man ou Studio Homme.

FM: A quel type d’homme ces sites s’adressent-ils ?
MF: Aux hommes qui vont chercher les produits qu’ils connaissent déjà, qui souhaitent gagner du temps ou accéder à des prix plus bas. Et puis à une nouvelle génération d’hommes, urbains, modernes, sensibles au style casual ou sportswear, parfois communautaires (skater, surf, etc), adeptes des nouvelles technologies aussi. Des hommes qui ne sont pas intéressés par la branchitude absolue mais qui veulent rester tendance.

FM: Aurions-nous enfin gagné en autonomie ?
MF: Oui, même s'il n’y a pas de révolution véritable. A titre d’exemple, dans les magasins pour homme tel que Celio, 50% des achats sont encore réalisés par des femmes pour leurs hommes (fils ou mari). Mais une évolution du comportement d’achat se dessine. Les hommes sont globalement plus influencés par la mode, et les jeunes générations n’ont plus de complexe à s’organiser des séances shopping. Aujourd’hui, les hommes se conseillent, ont un avis et une idée de la mode qu’ils aiment.

FM: D’autres facteurs nous aideraient-ils à nous décomplexer ?
MF: La presse peut y contribuer, avec des magazines de plus en plus proches des préoccupations masculines, comme GQ, véritable guide de survie de l’homme. Certaines égéries comme David Beckham, ont aussi permis à beaucoup d’hommes d’assumer leur rapport au look et à la beauté. Logiquement, les femmes se sont mises à porter un regard nouveau sur nous. Aujourd’hui, elles veulent nous offrir des chemises cintrées et des pantalons plus moulants...

FM: Qu’est-ce qui explique selon vous le succès des sites marchands sur internet plutôt que des boutiques physiques ?
MF: L’une des raisons évidentes tient au fait que les hommes n’aiment pas en général se rendre en boutique. Ils sont globalement réticents aux séances d’essayage - un ou deux pantalons et basta -, et veulent un acte d’achat rapide et efficace. D’ailleurs en général, que ce soit en magasin ou sur internet, les hommes achètent les silhouettes complètes qu’on leur propose.

FM: Les nouvelles marques les intéressent ?
MF: L’offre est tellement uniformisée aujourd’hui qu’elle commence à lasser. Internet est le seul endroit où l’on peut trouver une telle diversité de produits et une telle dimension artisanale autour du vêtement. Sur Internet, vous avez ainsi plus de chance aujourd’hui de découvrir de nouveaux créateurs comme Barnabé Hardy ou Commune de Paris que dans les magasins physiques.

FM: Est-ce que l’achat de vêtements sur internet ne représente pas un certain risque pour les hommes ?
MF: Pour contrer cette prise de risque, les sites marchands masculins ont développé toute une batterie d’outils. Dressing The Man a ses propres conseillers mode en ligne avec qui vous pouvez chater, d’autres proposent des zooms surpuissants pour nous rassurer sur la qualité ou le choix de la matière, des angles à 360° ou même des vestiaires virtuels où essayer toutes les combinaisons possibles. Chacun trouve une parade au problème de l’essayage. Menlook a même développé ses magasins en nom propre à Paris, un complément à l’offre web, et une autre manière de rassurer ses clients.

FM: Le modèle de l’homme assumant enfin son rapport à la mode est-il en train d’émerger ?
MF: Il existe depuis longtemps en réalité. L’homme de la Renaissance, à l’époque de François Ier, par exemple, rivalisait d’élégance, portait la barbe comme un accessoire de mode. Il n’y a donc rien qui, génétiquement, priverait l’homme d’une relation épanouie à la mode. Et les nombreux multimarques online qui lui sont dédiés, lui offrent une formidable vitrine pour se réaffirmer.

FM: Quel est l’avenir promis à ces sites marchands ?
MF: Certainement positif. Quant au futur, les premiers essais de commerce sur Facebook fonctionnant mal, de vrais réseaux sociaux de commerce où nous pourrions acheter ce que nos amis portent ou nous conseillent, peuvent très bien, un jour, se développer. Des plateformes de communautés, de tribus, réunissant des mêmes intérêts musique, art, design, mode, beauté, et art de vivre plus globalement, voilà une idée de ce que l’on peut imaginer pour demain.
Propos recueillis par Alexis Chenu.
*incluant sites marchands et non marchands

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