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28 févr. 2017
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Nick Beighton (Asos) : "Plus les usines sont loin, plus il est difficile de s'assurer que les choses sont bien faites"

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28 févr. 2017

Suite à des polémiques outre-Manche sur les conditions de travail chez certains de ses fabricants, incluant notamment le travail de mineurs dans des usines turques, Asos a affiché sa volonté de progresser sur la gestion de ce type de risques. Tout en demandant aux marques revendues sur son portail de veiller au respect des valeurs qui sont les siennes, l'e-commerçant sait que l'essentiel du travail repose sur les conditions de fabrication de ses collections propres, qui représentent près de la moitié de son chiffre d'affaires (1,445 milliard de livres en 2015/2016, ndlr). Le site britannique annonce de nouvelles initiatives sur la question du respect des droits des travailleurs cette année. FashionNetwork.com a donc interrogé le PDG Nick Beighton à ce sujet.


Nick Beighton, PDG - Asos

 
FashionNetwork : Vous avez annoncé récemment votre volonté de relocaliser une partie plus importante de votre production en Grande-Bretagne, pour passer de 3 à 9% de fabrication locale. Quelle est la répartition géographique actuelle ?

Nick Beighton : En fait, une grande part de notre production est déjà européenne (roumaine et bulgare principalement, ndlr) parce qu'il important pour nous de raccourcir notre sourcing dans le cadre de notre modèle à délais courts. Actuellement, 24% de nos produits sont fabriqués en Chine, 16% en Turquie et 14% à l’île Maurice.

FNW : L’un des sujets importants pour vous est la gestion des conditions de travail chez vos fournisseurs, suite à plusieurs polémiques. Quelle est votre démarche sur le sujet ?

NB : La chose que je peux dire, c’est que ce n’est pas une option pour nous de progresser sur cette question. Les consommateurs sont aujourd’hui sensibles à ce sujet et attendent de nous qu’on travaille avec des entreprises qui respectent nos valeurs. Si ce n’est pas le cas, ils choisiront de consommer ailleurs. Ce n’est pas quelque chose que nous prenons à la légère. Malheureusement, nous avons des difficultés car plus les usines sont loin de vous, plus c’est difficile de vous assurer que les choses sont toujours bien faites. Nous allons essayer de progresser sur ce sujet en doublant les moyens qui y sont alloués. Nous essayons de réduire notre nombre de sous-traitants, pour utiliser ces moyens plus efficacement. Nous allons également donner la liste de ceux-ci à la fin du mois de mars.

Le mois dernier nous avons publié notre premier rapport suite à l’adoption du "Modern Slavery Act" au Royaume-Uni, qui décrit les moyens que nous utilisons pour assurer la protection des travailleurs. Mais cela va être un long chemin pour améliorer les standards actuels. Ce qu’il faut avoir en tête quand on visite une usine, c’est : "si nos clients voyaient cette usine derrière une glace sans tain, que nous diraient-ils ?" Si tout le monde se posait cette question, les choses s’amélioreraient plus vite.
 
FNW : Quelles informations comporteront la liste de vos fabricants ?


NB : Y figureront absolument toutes les usines qui travaillent pour nous. Nous avons 183 sous-traitants pour environ 480 usines. Nous publions cette liste pour que chacun puisse savoir où elles se trouvent en toute transparence.
 
FNW : Vous avez inspecté toutes ces usines ? Avez-vous pris des décisions après ces visites ?

NB : Oui, nous les avons toutes inspectées. Un audit a lieu tous les trois à neuf mois dans chaque usine, selon les risques identifiés. Il s’agit d’interroger les travailleurs, savoir s’ils sont correctement payés, quelles sont les conditions de santé et de sécurité, mais aussi vérifier que tout est bien produit ici et pas dans un autre endroit. Les observations sont ensuite compilées dans un rapport. Ces contrôles sont toujours faits de manière inopinée, les usines ne sont pas prévenues à l’avance. Nous allons donc doubler les moyens et augmenter le nombre de personnes qui exercent ces contrôles pour nous. Nous encourageons également la formation de syndicats, là où cela est possible. Cela nous permet d’avoir davantage d’observateurs qui peuvent témoigner de problèmes.
 
FNW : Combien de personnes sont chargées de ces audits dans les usines ?


NB : 58 personnes au sein de l’entreprise, mais il y a également des consultants externes qui travaillent pour nous là où nous ne pouvons pas avoir nos propres équipes sur place. Il doit y avoir un millier de marques donneuses d’ordres comme nous, et par exemple, en Turquie, la moitié d’entre nous faisons appel à la même équipe d’audit. Comme ils visitent désormais beaucoup plus d’usines, nous pouvons partager les informations. Le point important, c’est vraiment d’encourager les usines et d’utiliser notre influence auprès d’elles pour aider les travailleurs.
 
FNW : Les informations sur les visites et leur fréquence figureront-elles sur la liste de vos fabricants ?

NB : Non, c’est seulement une liste. Mais ce serait une bonne idée… On pourrait ajouter les informations sur les dernières visites, l’évaluation des risques… Il faudra y penser.

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