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22 juin 2017
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Pierre Hardy : "Je n’avais pas envie d’un simple investisseur financier"

Publié le
22 juin 2017

A l’occasion de la présentation de sa nouvelle collection printemps-été, le créateur Pierre Hardy revient sur l’actualité de sa maison spécialiste de la chaussure et sur sa longue collaboration avec Hermès. L'an passé, le sellier, géant du luxe, prenait une participation minoritaire dans la société de cet agrégé de l'Ecole nationale supérieure des arts plastiques.

FashionNetwork.com : Un an après la prise de participation du groupe Hermès, quelles choses ont changé ?

Pierre Hardy :
Au quotidien, rien de radical. Après, cela donne confiance. Les experts de la maison Hermès peuvent nous aider sur des questions de développement et de stratégie. Je n’avais pas envie d’un simple investisseur financier, mais quelqu’un qui sache ce qu’est une entreprise, qui ait des produits, sache les soigner, les faire aboutir, communiquer dessus et les vendre. C’est une chaîne de métiers – du management au juridique en passant par le marketing – ainsi qu’un moyen d’envisager le développement de la marque à long terme, ingrédients pour lesquels Hermès a une vraie légitimité et une expérience qui peut servir à une jeune maison comme Pierre Hardy.


Pierre Hardy - DR


FNW : C’est aussi un certain confort financier...

PH :
Oui, à l’évidence, c’est un confort pour affronter une période dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle peut être compliquée. Le marché n’est pas catastrophique, mais nous cherchons constamment à trouver la meilleure solution, à nous positionner face une conjoncture globale mouvante.

FNW : La structure interne de la maison Pierre Hardy a-t-elle changé ?

PH :
A l’exception de la nomination de notre CEO, Christopher Turnier (ancien directeur commercial), rien n’a véritablement changé. Aujourd’hui, 25 personnes travaillent pour moi.

FNW : Aucun concurrent majeur n’a réussi à émerger sur le marché du soulier et de la basket haut de gamme et créative, comment l’expliquez-vous ?

PH :
En réalité, je trouve cela plutôt inquiétant pour le panorama général de la mode. Les marques indépendantes ont du mal à trouver leur place face à la force des groupes. C’est aussi un produit de plus en compliqué à faire – entre la création, l’artisanat et l’industrie –, une triangulation compliquée à opérer. Les façons de communiquer sont différentes aussi, nous n’avons pas de défilé ni de collections croisière, le relais com’ est plus faible que pour le prêt-à-porter, ce qui rend plus « challengeant » le développement d’une marque.

FNW : Vous menez tambour battant vos deux activités comme directeur artistique des accessoires et de la joaillerie chez Hermès, et votre marque, ce système vous satisfait toujours autant ?

PH :
Je fonctionne un peu comme un schizophrène, avec une partie de mon cerveau qui pense Hermès et une autre Pierre Hardy. C’est très dissocié et ce n’est pas interchangeable. Hermès a un univers très défini esthétiquement, historiquement, et il n’y a pas de vase communicant. Après, je garde mon écriture, je suis comme un acteur, quand il joue du Shakespeare, il se consacre uniquement à ce rôle-là. Quand je fais du Hermès, je ne suis que dans ce rôle-là.

FNW : Concernant la stratégie de développement de la marque, vous avez procédé à quelques ajustements l’année dernière en fermant une boutique parisienne puis en ouvrant à Tokyo, qu’en est-il ?

PH :
Le fonctionnement était assez organique et nous avons souvent réagi par pur instinct. Après, à Palais-Royal, que tout le monde me déconseillait à l’époque, nous avons réussi à bâtir quelque chose sans budget pharaonique. L’expérience s’est avérée très positive et nous avons tablé sur le quartier de la rue de Bourgogne (rive gauche, dans le VIIème arrondissement de la capitale, ndlr) un peu de la même façon. J’étais séduit par ce quartier, un des plus beaux de Paris, mais réalisé après quelque temps qu’il n’était pas fait pour la mode, même s’il a permis d’attirer une clientèle très internationale, qui ne connaissait pas forcément la marque.

FNW : Tokyo semble plus adapté à votre marché ?

PH :
Le Japon est un partenaire de la première heure. C’est un marché qui compte beaucoup pour nous (après les Etats-Unis) et pour le coup, nous avons pris le temps de bien faire les choses. La démarche était plus raisonnée. Nous développerons d’autres points de vente. Nous y pensons bien évidemment, mais la priorité est au e-commerce avec le lancement prochain d’un nouveau site marchand international en 2018.

FNW : Les Japonais, premiers à aimer Pierre Hardy ?

PH :
En réalité, le marché américain est le premier marché aujourd’hui, avec un équilibre intéressant : la vielle Europe (Allemagne, France, Italie), la Russie et le Moyen-Orient puis l’Asie s’équilibrent globalement d’une saison à l’autre, la femme représentant 80 % des ventes, l’homme 20 %.

FNW : Un mot sur votre dernière collection, pour laquelle vous présentez notamment un nouveau motif, le Soft Cube, déclinaison de l’imprimé phare cubique, pourquoi ce choix ?

PH :
L’imprimé cubique semble survivre, malgré les démultiplications et copies, et c’est cela l’essentiel. Pour le reste, il faut faire vivre les motifs, les retravailler, la dangerosité venant, comme vous le savez, de l’usure des images trop récurrentes à un moment donné.

FNW : Les best-sellers chez Pierre Hardy ?

PH :
La sneaker chez l’homme. Chez la femme, cela est variable, la mule plate remportant quelques jolis succès depuis trois ou quatre saisons, comme toutes les sandales lacées. Les produits qui marchent sont les produits efficaces et évidents.

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