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22 sept. 2013
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Printemps-été 2014: Londres sort de l'underground

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22 sept. 2013

La fashion week de Londres a délivré un cru printemps-été 2014 réjouissant et inspiré, confirmant l’effet vertueux du soutien des institutions locales emmenées par la sémillante Caroline Rush et l’infatigable Natalie Massenet, respectivement CEO et chairman du British Fashion Council.

Même s’il n’est pas incongru de relever l’influence d’un Chanel chez Erdem ou d’un Dior chez Christopher Kane, la montée en force constatée va plus loin qu’une simple citation et prouve une fois de plus que la mode proposée par Londres est à prendre au sérieux. C’est aussi l’avis de Kering et LVMH, nouveaux propriétaires des marques Christopher Kane et Nicholas Kirkwood, désormais un peu moins britanniques au sens financier. Mais cette énergie devrait provoquer un effet d’émulation sur toute la création britannique et à terme, son industrie. A moins que cela n’ait déjà commencé.

Sister by Sibling et Jonathan Saunders (PixelFormula)



Les défilés Christopher Kane et Jonathan Saunders ont fait le plus de bruit, le premier présentant sa plus grande collection en date avec près de 50 robes, et le second brillant par son sens de la couleur appliquée aux matières phares de la saison comme le daim ou le satin de soie. L’une des spécialités des créateurs londoniens reste l’imprimé qui ose. L’été prochain à Londres, on ose. De façon "intello" chez Peter Pilotto ou plus décomplexée chez Giles ou Mary Katrantzou, qui a fait du digital print sa marque de fabrique. La pétillante créatrice a présenté une collection jubilatoire et équilibrée, exaltée par l’obsession numéro un de la cliente mode: la chaussure, son thème pour la saison. Sarah Lerfel (Colette) en souriait au premier rang, celui des acheteurs qui pèsent.

Mary Katrantzou et KTZ printemps-été 2013 (PixelFormula)


Du catwalk au nightclub
Une autre particularité de Londres est son lien particulier avec la fête, celle où l’on s’habille sans complexe, à l’anglaise. Le département mode du très respecté Victoria & Albert Museum consacre d’ailleurs en ce moment une exposition à l’influence du clubbing sur les designers dans les années 80, baptisée "Club to Catwalk". Trente ans plus tard à Londres, on peut aller directement du catwalk au club. Comme l'indiquaient certaines robes "boule à facettes" du défilé Tom Ford, mais pas seulement...

Festive, nonchalante et métissée, la mode du créateur Ashish incarne bien la tendance avec ses logos Coca Cola et Marks & Spencer rebrodés de sequins, sa marque de fabrique. Le denim brille, l'ambiance est grunge et les références sont pop mais les prix sont à quatre chiffres, car tout est fait main et cela se voit. Le défilé était mis en style par la jeune styliste Anna Treveylan, un talent à suivre aux cheveux fluo qui a fait ses classes en stylisme avec Nicola Formichetti.

Toujours dans la catégorie "club kids", impossible d’ignorer le label KTZ, lancé il y a huit ans par les boutiques Kokon To Zai et en plein boom commercial. La griffe a présenté une collection pleine d'idées, fidèle à ses codes, street, futuriste et maximale. Plus surprenant et non moins révélateur, des imprimés floraux sont apparus. Une surprise pour KTZ, généralement plus dark et adulée par diverses générations d’artistes, de Bjork à Rhianna en passant par la jeune pop-star nippone Mademoiselle Yulia, qui a fait l’objet d’un co-branding avec KTZ au Japon où la marque marche très fort. Son fondateur et directeur artistique, Marjan Pejoski, fut DJ avant de faire de la mode.

Ashish, sous l'influence de la styliste Anna Treveylan (PixelFormula)


"Nous sommes absolument pourris-gâtés en matière de jeune création, témoigne la consultante anglaise Mandi Lennard, si bien que, dès qu’un talent émerge, une nouvelle génération arrive juste derrière, ajoute-t-elle en rajustant sa casquette avec des doigts ornés d’une manucure entièrement bardée de logos Nike (un client). Comme aucun autre endroit sur Terre, avance-t-elle, Londres a la particularité d’être tout aussi excitante pour sa mode underground que pour ses créateurs plus établis."

Certaines tendances re-signent pour une nouvelle saison comme le blanc et le noir, isolés ou mélangés, dans des matières texturées souvent translucides. Le brocart s’invite ainsi de façon généreuse chez Kane, Erdem, Simone Rocha ou Jonathan Saunders, élu révélation menswear aux derniers oscars de la mode britannique après cinq collections homme seulement. Son womenswear, subtilement dégaine pour l’été prochain, impressionne depuis déjà dix ans.

Les soies sont (encore) très transparentes, y compris sur les jupes chez les créateurs établis comme chez les plus jeunes. La laine aussi, comme chez Sister by Sibling, spécialiste du knitwear innovant et second degré qui propose beaucoup de pièces en maille "fishnet". Le défilé de ce trio de l’East London, finalistes européens et favoris de l’actuel concours du Woolmark Prize, apportait une réponse enlevée et souriante au style Sonia Rykiel, période années 90, une autre tendance forte reconduite l’été prochain.

Christopher Kane et Burberry (photos PixelFormula)



Quand les matières elles-mêmes ne jouent pas la transparence, elles sont parsemées de trous, comme sur la série de robes Christopher Kane perforées de longs pétales, ou placés au niveau des poches chez Simone Rocha. La couleur était bien sûr de sortie, dans un nouvel arrivage de pastels, de tons métalliques et irisées, ou parfois irradiantes comme les fluos de Roksanda Ilincic. La créatrice fétiche de Samantha Cameron – l’épouse du premier ministre, ndlr - s’est offert cette saison les services de l'Anglaise Venetia Scott, fidèle bras droit créatif de Marc Jacobs et styliste photo très demandée par les marques de luxe. Un signal fort au résultat probant.

Simone Rocha printemps-été 2014 (PixelFormula)


Également parmi les plus saluées de la saison à Londres, la proposition de Simone Rocha, la fille du créateur irlandais d’origine hongkongaise, John Rocha. "Nous avons vraiment notre Comme des Garçons à nous", saluait Mandi Lennard à propos de cette collection "très mature", mêlant les détails couture à une attitude streetwear des années 90. La jeune surdouée née en 1986 fait partie des noms qu’il conviendra vite de ne plus ranger au rayon "émergents".

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