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21 déc. 2012
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Printemps: un beau parti pas si facile à prendre

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21 déc. 2012

Info ou intox ? Le généralement bien informé magazine Challenges a annoncé cette semaine que le groupe Galeries Lafayette entendait faire une offre pour reprendre le Printemps, que ses actionnaires depuis quelques années, au premier rang desquels Rreef, la division de capital-investissement immobilier de Deutsche Asset management, filiale de la Deutsche Bank, et la famille italienne Borletti, auraient mis en vente… donc info !

Côté actionnaire italien, le Printemps n’est pas à vendre, ni aux Galeries Lafayette donc ni à quelqu’un d’autre. Précision: l’actionnaire très majoritaire qu’est Rreef dont le rôle n’est en fait que de représenter des fonds d’investissement ne peut agir qu’en accord avec la famille Borletti et donc l’en informer. Et celle-ci affirme ne pas l’être… Donc Intox ?

Le Printemps a réussi sa montée en gamme au point de connaitre de meilleurs taux de croissance que les Galeries Lafayette.

Pour certains, la rumeur, vraie ou fausse, a toutes raisons d’émaner du groupe Galeries Lafayette lui-même qui voit d’un mauvais œil son concurrent français et voisin du boulevard Haussmann redresser la tête et les chiffres depuis plusieurs années. Et ainsi semer la zizanie au cœur même de l’enseigne de grands magasins à un moment stratégique du chiffre d’affaires que représente Noël pour cette forme de vente.

Virtuelle ou pas, une éventuelle cession du Printemps n’est pas anachronique un jour ou l’autre. L’enseigne française de grands magasins a été acquise en 2006 par Rreef et la famille Borletti pour un peu moins de 1,1 milliard d’euros. A l’époque déjà, les Galeries Lafayette avaient affirmé s’intéresser au dossier. "A ma connaissance, le dossier de vente du Printemps n’est pas ouvert, déclarait Philippe Houzé, à la tête du groupe concurrent. S’il l’était, nous l’examinerions".

Les mêmes protagonistes s’étaient d’ailleurs retrouvés face à face en 2005 en Italie cette fois pour le rachat des grands magasins Rinascente. Maurizio Borletti avait emporté cette chaîne face au Groupe Galeries Lafayette en s’alliant au fonds immobilier Prelios, et à Rreef.

Côté Printemps, six ans après avoir acquis l’enseigne, il ne serait donc pas anormal que les fonds regroupés dans Rreef décident de valoriser leur mise. Selon nos informations, les accords entre actionnaires courent jusqu’en 2014 et peuvent être prolongés jusqu’en 2016. Mais cela peut-il bloquer une éventuelle vente des parts venant de Rreef ?

La vente en mai 2011 de la Rinascente est à cet égard instructif. A l’époque, le groupe thaïlandais Central Retail Corporation avait offert 250 millions d’euros pour racheter les grands magasins italiens. Maurizio Borletti, hostile à cette vente, avait déposé un recours en justice avec l’intention de faire éventuellement une offre. Le tribunal civil de Milan a rejeté ce recours et donc La Rinascente a été cédée à l’acteur thaïlandais.

Autre donnée importante qui peut plaider pour une éventuelle cession du Printemps. En 2005, l’enseigne avait réalisé un chiffre d’affaires de 752 millions d’euros. Pour 2011, Paolo de Cesare, PDG du Printemps depuis l’arrivée des nouveaux actionnaires, annonçait un chiffre d’affaires de 1,45 milliard d’euros. Certes, l’enseigne Galeries Lafayette (à distinguer donc du groupe Galeries Lafayette) pesait, elle, toujours en 2011 2,9 milliards d’euros. Paul Delaoutre, directeur général de la division grands magasins du groupe Galeries Lafayette annonçait une progression globale des ventes de 7%. Et de 14% sur Haussmann. Des progressions importantes face à l’atonie du marché de l’habillement durant la période.

Mais le Printemps a fait bien mieux. Les ventes globales de l’enseigne en 2011 ont progressé de 13%. Et celles du navire amiral du boulevard Haussmann de 23%, 9 points de plus que son grand voisin ! Qui plus est le Printemps, très en retrait historiquement en matière de fréquentation étrangère, est en train de rattraper son retard. Les ventes aux touristes ont représenté 35% en 2011. Le Printemps était à 10% avant la reprise par Rreef et Borletti. Certes les Galeries Lafayette peuvent afficher une fréquentation étrangère de plus de 40%. Mais certains observateurs évoquent plutôt un pourcentage de 50% qui rend très dépendante l’enseigne du groupe présidée par Philippe Houzé à cette clientèle touristique. La rumeur là encore évoque une qualité de visiteurs étrangers au Printemps bien supérieure, notamment du fait de voyageurs individuels alors que les Galeries comptent nombre de visites par groupe.

Enfin, et c’est un des éléments qui doivent le plus perturber les Galeries Lafayette, le Printemps semble avoir pris un leadership en terme d’image sur le créneau haut de gamme et luxe. Il est vrai que l’enseigne a choisi délibérément ce positionnement avant même l’arrivée des nouveaux actionnaires sous la présidence de Laurence Danon. Une voie qui a été confortée et même accentuée à coup d’investissements importants. C’est pas moins de 280 millions d’euros qui ont été investis pour assurer la montée en gamme, dont 50 millions pour la rénovation des seules façades des unités du boulevard Haussmann. De quoi dans la bagarre des exclusivités, attirer les marques les plus prestigieuses.

Du reste, les Galeries Lafayette ont depuis cette année engagé une nouvelle stratégie de remontée en gamme en terme d’image même si le grand magasin est un grand vendeur de griffes de luxe depuis longtemps. Preuve s’il en est que le Printemps avait choisi la bonne voie.

Alors, info ou intox? Comme le soulignent les observateurs, le groupe Galeries Lafayette a les moyens financiers d’acquérir le Printemps avec la cession de ses 50% dans le capital de Monoprix et par exemple la vente en 2010 du centre commercial Cap 3000 à Nice pour 450 millions d’euros. On sait aussi que le distributeur vise la cession de ses parts dans LaSer. Le prix évoqué généralement pour le Printemps est de 1,5 milliards d’euros.

Un tel rapprochement franco-français pourrait faire face à une grosse difficulté. Le monopole qui s’instaurerait pourrait inquiéter les autorités de la concurrence.

Surtout, si vente il y a, dans un monde très ouvert, pourquoi les actionnaires se limiteraient à traiter avec le voisin ? Déjà pour le Printemps, le groupe chinois Wanda, qui détient des centres commerciaux et exploite des grands magasins, a souligné son intérêt. Certains évoquent un éventuel intérêt du fonds qatari qui possède Harrods à Londres. Et qui avait pensé au groupe thaïlandais pour La Rinascente?

Une chose est sure: les actionnaires du Printemps et les équipes qui animent l’enseigne ont su la rendre suffisamment belle pour que son éventuelle cession suscite de grandes interrogations….

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