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17 juin 2014
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Raïssa Verhaeghe: "Les Belges sont vraiment des bosseurs"

Publié le
17 juin 2014

Avec un sens de l'humour et un enthousiasme contagieux, Raïssa Verhaeghe, ex-CEO de Raf Simons et désormais consultante en développement de marques, répond à FashionMag.com qui l’a rencontrée à Bruxelles au premier sommet européen de la mode, Madifesto, organisé par l’association MAD Brussels.

FashionMag.com: Durant votre participation à la table-ronde de Madifesto sur le business development, vous avez déclaré qu’"une conférence comme celle-ci n’aurait jamais pu exister il y a vingt ans". Pourquoi ?
Raïssa Verhaeghe: Quand nous avons démarré, nous faisions tout nous-mêmes, presque en improvisant, de façon complètement spontanée et sans modèle à suivre. Tout le monde veut se positionner sur le même créneau, celui de la mode. Aujourd’hui, la mode est très à la mode ! C’est en réalité un secteur de travail comme un autre, très professionnalisé, qui attire et intéresse de plus en plus les gens. Je dis souvent qu’il y a plein d’autres choses utiles et intéressantes à faire dans la vie, en dehors de la mode (rires). C’est un business comme un autre, point à la ligne.

Raïssa Verhaeghe conseille les marques de mode via sa société Raver. Photo DR



FM: Et il y a vingt ans, c’était quoi la mode ?
RV: Il y a vingt ans, chacun travaillait dans son coin, et les gens ne communiquaient pas entre eux. C’était un milieu beaucoup plus confidentiel et finalement très fermé. La raison qui m’a poussée à accepter de prendre part à ce sommet, c’était son côté européen et la dimension collaborative. Car soyons francs, il faut bien reconnaitre que la mode belge, toute seule, ne va pas aller bien loin (rires) ! Des alliances sont donc nécessaires si l’on souhaite avancer. C’est pourquoi il m’a semblé important de prendre part à l’événement. Par ailleurs, je suis assez fière de ne pas avoir attendu la cinquième édition du Madifesto pour y participer. D’ici là, le rendez-vous se sera sans doute institutionnalisé et aura perdu tout le charme des premières fois: le Powerpoint qui ne fonctionne pas, la Reine qui vient dire bonjour, etc. (rires)

FM: Que doit-on retenir du fait que les trois postes créatifs majeurs chez Dior soient aujourd’hui occupés par des Belges de la même génération: Raf Simons, Kris Van Assche et Peter Philips ?
RV: Je pense que les Belges sont des employés productifs – même s’il s’agit très certainement de postes très bien rémunérés – qui ont les pieds sur terre, des qualités humaines certaines et qui savent dire merci. Ils ne font pas dans le bla bla, sont des gens pragmatiques et encore une fois, vraiment bosseurs.

FM: La différence avec un Français selon vous ?
RV:Un Belge est capable d’assister à une réunion en silence et de dire deux phrases à la fin qui feront toute la différence. Les Français, c’est plutôt l’inverse d’après mon expérience (rires). Ce sont deux cultures très différentes. Les Allemands sont assez proches des Belges dans l’organisation et la mentalité. Mais toutes les nationalités ont leur charme et c’est justement le mélange qui est excitant.

FM: Vous conseillez un investisseur belge issu de l’industrie du fret, Christian Cigrang, qui met des fonds dans des sociétés de jeunes créateurs belges. Comment s’est passé la rencontre ?
RV: Je connais Christian depuis un bon moment puisque c’était l’investisseur initial de Raf Simons. J’ai commencé ma carrière avant cela chez Véronique Branquinho. Les deux structures étaient alors jumelles, et l’épouse de Christian s’occupait de l’entreprise de Raf, et moi de celle de Véronique. Par la suite j’ai dirigé la société Raf Simons. Christian Cigrang, dont le fond est basé au Luxembourg, m’a recontactée au moment où sa société a investi dans Christian Wijnants et A.F. Vandevorst, où je siège au conseil d’administration.

FM: Quelle est votre mission pour ces créateurs ?
RV: A travers ma société de conseil Raver, je travaille plus spécifiquement sur la maison A.F. Vandevorst, en mettant en place un plan opérationnel de développement. Pour le reste, le fond de Christian Cigrang fait appel à moi pour faire du screening de collection afin d’évaluer le potentiel commercial des collections. La majeure partie de mon temps est toutefois consacrée à d’autres projets de développement pour d’autres marques.

FM: Peut-on savoir lesquelles?

RV: Il y a eu un accroissement de la demande ces derniers temps et j’ai choisi par exemple la griffe parisienne Innamorato. La maison a été fondée il y a quatre ans par la directrice de Bonpoint. J’aime beaucoup le travail de Christine et je pense que la griffe mérite de se développer encore bien plus encore. Par ailleurs, j’ai identifié une autre griffe familiale, cette fois en Italie, tout à fait surprenante, qui s’appelle AGL. La famille produit tout elle-même et possède son atelier de confection. Les trois filles, qui sont les petites-filles du fondateur, sont très impliquées. C’est leur personnalité et leur énergie qui m’ont charmée. J’aime l’aspect artisanal de cette marque et j’apprécie particulièrement de travailler avec les nouvelles générations, notamment avec les femmes. Tous ces critères ont retenu mon attention… et le produit me plait, bien sûr.

FM: Comment devient-on experte en développement de marques de mode ?
RV: J’ai assisté au premier défilé de Raf Simons alors que je finissais mes études de droit à Paris. J’ai par la suite fait un MBA en International Business Management et commencé à travailler en Belgique chez Véronique Branquinho.

FM: La mode belge est-elle encore à la hauteur de l’âge d’or propulsé par les Six d'Anvers ?
RV: Très bonne question. Je trouve cette époque inimitable et surtout très différente d’aujourd’hui. Les choses qu’on a vécues sont vraiment difficiles à reproduire, et sont parfois incroyables. Nous avions 23 ans, nos collections étaient shootées par Mario Testino, on avait des rendez-vous chez Anna Wintour. C’était génial ! Ça nous est arrivé tout naturellement, sans prévenir, et nous avons bien sûr saisi l’opportunité.

FM: En quoi ce secteur a-t-il changé selon vous?

RV: Parce que tout est devenu avant une affaire de business. Et je suis pourtant très fan de cet aspect, compte tenu de mon métier. Mais avec la professionnalisation du secteur, le métier s’est standardisé, dans son fonctionnement jusque dans le style des collections.

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