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17 oct. 2013
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Renzo Rosso, grand frère de l’Andam 2013

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17 oct. 2013

Renzo Rosso, l’homme d’affaires au volant de Margiela, Marni, Viktor & Rolf et Diesel qu’il a fondée il y a près de 30 ans, ajoute cette année une corde inédite à son arc, du moins aux yeux du grand public. Sur l'invitation de Pierre Bergé et Nathalie Dufour, respectivement président et fondatrice de l’ANDAM, l’Italien a pour mission de coacher pendant douze mois les lauréats 2013 de la plus importante bourse à la création du marché de la mode en France, dont le jury international a couronné cette année deux griffes tricolores.

Renzo Rosso coachera pendant 12 mois Ami et Christine Phung.



La jeune marque Ami Alexandre Mattiussi a ainsi décroché 300 000 euros pour son menswear crédible - non encaissables en cash mais entièrement justifiables via devis, fonds institutionnels obligent, ndlr– et Christine Phung, espoir tout aussi jeune mais moins visible, élue pour son potentiel en womenswear créa. Rencontré à l’issue de la cérémonie officielle de l’ANDAM début octobre à Paris, Renzo Rosso s’est expliqué sur ses (bonnes) intentions de mentor avec FashionMag.com.

"Christine est déjà tellement en demande, elle veut savoir comment fonctionne tout le process", semble apprécier le fondateur de Diesel, à la tête du groupe de mode italien Only The Brave, dont la filiale Staff International produit et distribue les collections Vivienne Westwood, DSquared2 et Just Cavalli à travers le monde. "Je viens leur rendre visite à Paris au moins une fois par mois, confie-t-il, et s’ils veulent venir en Italie pour voir comment cela se passe, ils sont aussi les bienvenus."

Quels genres de conseils ce pape de l’industrie du denim peut-il bien donner à des créateurs émergents positionnés dans le prêt-à-porter haut de gamme ? "Quand on débute, on a tendance à partir dans une direction un jour, puis la saison suivante dans une direction opposée, prévient Renzo Rosso. Mais les conseils extérieurs ne sont constructifs que s’ils permettent de vous améliorer dans une direction qui vous est personnelle. Je les préviens donc qu’il est indispensable qu’ils se concentrent non seulement sur l’identité de leur marque, mais aussi sur ce qu’ils veulent en faire à l’avenir." La prescription sent le vécu à plein nez.

La griffe menswear Ami Alexandre Mattiussi, success story à répétition validée par Barneys New York, par une première boutique en propre "précoce" à Paris et dernièrement à Séoul par 10 Corso Como, semble moins cliente à un coaching de jeune premier que sa cadette Christine Phung. Les deux intéressés n’en sont pas moins issus de la même promotion de l’École Duperré à Paris, il y a quelques printemps de cela. Il n’empêche que Mattiussi - comme le nomme avec bienveillance Renzo Rosso - et son ex-camarade de promo pourraient à terme bénéficier des ressources de production inestimables d’Only the Brave, notamment sur le terrain du denim. Car la nouvelle vocation de Renzo-le-grand-frère, non rémunéré pour ses nouveaux services pour la France, semble bien dépasser le simple opportunisme marketing.

Christine Phung bénéficiait cette saison avec la bourse "premières collections" offerte par l’ANDAM, d’un premier défilé au calendrier officiel de la chambre syndicale avec en prime un défilé clé en main - ou presque - sur les toits des Galeries Lafayette (mécène historique du prix) boulevard Haussmann. Un événement baigné de soleil, de bonne musique et d'espoir, auquel Alexandre Mattiussi assistait avec une jubilation contagieuse.

"Christine n’a encore que très peu de points de vente. Demain, il lui en faudra deux fois plus, puis après-demain, dix fois plus" Renzo Rosso



Le conseil du coach 2013 de l’ANDAM pour la jeune Française ? "Il faut absolument avoir une vision consistante et durable de ses objectifs. Mattiussi est déjà bien avancé dans son parcours, confirme le businessman italien de 58 ans à l'allure juvénile et à l'accent italien à couper au couteau. Christine est assez jeune et a donc besoin d’un peu plus de conseils. Par exemple, il lui faut viser une distribution précise qui corresponde à son produit, prévient-il, car elle n’a encore que très peu de points de vente. Demain, il lui en faudra deux fois plus, puis après-demain, dix fois plus. C’est la base de mon coaching avec elle." La prochaine étape ? "Elle a déjà commencé, il s’agit d’échafauder une stratégie visuelle claire et intelligible".

Renzo Rosso s’est récemment confié à la presse internationale concernant son appétit de financier pour les jeunes créateurs de mode. Il confirme à FashionMag.com suivre de près les jeunes designers du monde entier, en particulier issus de la nouvelle scène britannique ou française. "Vous savez, je suis italien et je suis à la tête d’un très grand groupe dans mon pays, rappelle-t-il poliment. Mais OTB (Only The Brave, ndlr) possède déjà une grande maison française (Maison Martin Margiela, ndlr) et une belle marque hollandaise (Viktor & Rolf, ndlr): mon business est donc international".

Outre une raison sociale des plus valorisantes ("Réservé aux courageux" en anglais), comment vend-t-on l’effet "Only The Brave" à un jeune créateur que l'on convoite ? "L’effet vertueux apporté par un groupe comme le nôtre, (r)assure Renzo Rosso, est tel qu’on peut engager un jeune créatif spécifique à la tête du studio Margiela, par exemple, ou un jeune DA talentueux pour épauler Viktor & Rolf, ce qui contribue à donner aux griffes la pertinence artistique et commerciale suffisante pour les faire croître durablement." Le marché ne sourirait-il qu'à ceux qui ne doutent pas ?

Qu’en retient-il au regard de la jeune création? "Pour atteindre un certain succès commercial aujourd’hui, il faut avoir, en plus d’un talent créatif confirmé, une force de frappe qui vous permette d’investir à la fois dans la communication, la production et le retail", explique le patron de près de 6500 employés à travers le monde, qui n’a pas hésité à casser sa tirelire pour débaucher cette année Nicola Formichetti (ex-Lady Gaga, ex-Mugler, ex-Vogue Hommes Japan, etc.), dans le but de rajeunir son plus cher bébé, Diesel, de façon artistiquement lucrative... ou inversement.

"Quelle jeune marque a les moyens de se payer une première boutique aujourd’hui ?", soulève-t-il judicieusement alors que le premier flagship Viktor & Rolf s’apprête à ouvrir rue Saint-Honoré à Paris, près de vingt ans (!) après les débuts du tandem néerlandais au festival de mode d'Hyères. Une transaction immobilière qu’il accepte d'évaluer à FashionMag.com en exclusivité mondiale à l'aide de deux mots: "incroyablement cher". En la matière, au royaume des jeunes créateurs qui montent, n’est pas Ami qui veut. Mais Renzo Rosso compte bien s’y imposer sans rougir comme un ami qui leur veut du bien. Et tout le monde semble lui dit merci.

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