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27 mai 2014
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Samuel Alimi: "La palette de produits que le Cambodge peut produire est plus large qu’au Vietnam"

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27 mai 2014

SL Sourcing, société de sourcing travaillant pour de grands noms français et européens, est majoritairement présente en Chine. L’entreprise, dotée d’un associé chinois, a choisi d’investir au Cambodge. Samuel Alimi, co-dirigeant, explique les raisons à la lumière de l’évolution des lieux de sourcing dans le monde.

Samuel Alimi


FashionMag.com: Pourquoi avoir décidé d’investir au Cambodge ?
Samuel Alimi: Aujourd’hui, 70 % des volumes que nous traitons passent par l’Asie, via SL Marllen basée à Shanghai, et 30 % viennent du court terme, via SL Partner, essentiellement dans des pays comme la Turquie, la Tunisie et aussi certains pays de l’Est européen. Il y a cinq ans, le rapport était de 90 et 10. Je pense que l’on ira vers 50-50. La partie court terme fonctionne. Mais il est clair que les prix augmentent en Chine. C’est d'autant plus vrai que les lieux de sourcing ont été secoués il y a deux ou trois ans du fait des révolutions arabes, de la saturation de la Turquie. Cela conduit à un nouvel afflux de fabrication vers l’Asie. Il nous fallait donc réagir pour satisfaire nos clients. Avec notre partenaire chinois, nous avons donc mis en place trois joint-ventures sur trois sites au Cambodge, avec des participations selon les sites comprises entre 30 et 60 %. Nous avons mis en place une équipe de cinq personnes dans ce pays, gérée depuis Shanghai par nos équipes installées dans cette ville, quelque 90 personnes.

FM: Ces usines ont déjà commencé à travailler pour SL Marllen ?

SA: Presque… Après la fin des derniers tests, nous pensons être prêts dans quelques semaines. C’est un travail de longue haleine. Cela fait huit à neuf mois que nous travaillons sur ce projet.

Une des usines cambodgiennes, à Phnom Penh


FM: Pourquoi le choix du Cambodge et pas du Bangladesh ou du Vietnam par exemple ?
SA: Nous avons choisi de ne pas travailler avec le Bangladesh pour des questions éthiques. Vous savez, tout est allé très vite dans ce pays. Du fait de l’évolution des coûts en Chine, nombre de donneurs d’ordre se sont précipités vers ce pays. Et les entreprises locales ont répondu positivement en masse à cet afflux de commandes. Mais elles n’ont pas eu le temps de se structurer. Il y a donc les usines officielles et les autres. Du fait de la free tax, les industriels ont pris les commandes et fait travailler des ateliers clandestins. D’où le drame du Rana Plaza. Malgré l’aide annoncée ici et là, ça n’a pas encore beaucoup changé.

FM: Et pourquoi pas le Vietnam ?

SA: La palette de produits que le Cambodge peut produire est plus large qu’au Vietnam. Au Cambodge, vous trouvez des fabricants pour des pantalons, du structuré, du flou, etc. Au Vietnam, c’est limité aux tailleurs, au chaîne et trame. Il y a une vraie tradition textile au Cambodge.

FM: En termes de coûts, cela se mesure comment ?
SA: C’est très simple. Aujourd’hui, le prix de façon est 20 % inférieur à celui de la Chine. Il y a aussi 13 % de taxe en moins. A titre de comparaison, disons qu’au Bangladesh on est à 30 % de prix de façon en moins par rapport à la Chine. Pour les taxes, c’est pareil qu’au Cambodge.

FM: Et l’Afrique, vous avez regardé ?
SA: Aujourd’hui, mais évidemment ça peut évoluer, l’Afrique n’a ni le savoir-faire, ni la filière, ni les tissus. Certes le coût de façon est très faible. Mais il faut penser aussi à la productivité. Certes, il y a des tentatives. On verra…

FM: Une étude du Boston Consulting Group, peut-être volontairement un peu provocante, relève que fabriquer aux Etats-Unis par exemple pourrait ne pas coûter plus cher que de fabriquer en Chine. Etes-vous d’accord ?
SA: J’ai regardé évidemment. Aujourd’hui, on peut dire que le coût de façon est 40 % plus cher dans le sud des Etats-Unis qu’en Chine. Si l’on tient compte du pourcentage que représente ce coût de façon dans le coût final d’un vêtement (entre 30 et 50 %), la comparaison n’est pas inintéressante. Mais il faut aussi penser filière. Est-ce qu’il y a une vraie filière textile aux USA ? La Chine est aujourd’hui le premier fournisseur de tissus.

FM: Du fait du transfert de productions au Cambodge, vous allez donc réduire vos fabrications en Chine ?

SA: La Chine gagne en créativité et en réactivité. Nous mettons en place des méthodes pour cela. Depuis deux ans, nous avons une équipe de style à Shanghai, avec deux Françaises, une Coréenne. On commence à faire fabriquer en Chine des produits faits historiquement en Turquie, en Tunisie. Les Chinois ont un vrai savoir-faire.

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