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Vivarte : du mastodonte de l'habillement français au démantèlement progressif

Par
AFP
Publié le
today 24 janv. 2017
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Vivarte, qui vient d'annoncer les ventes prochaines d'André et de Naf Naf et la suppression de plus de 700 postes à La Halle aux chaussures, fut longtemps un fleuron de l'habillement, avant de sombrer dans une spirale de difficultés commerciales et financières, après des rachats successifs par des fonds (à lire sur FashionNetwork Premium « Vivarte : retour sur quatre années de luttes intestines »).

Magasin André en 1907 sur le Boulevard Sébastopol (Paris)  Vivarte

 


Vivarte, c'est aujourd'hui environ 4.000 points de vente et 14 marques d'habillement (La Halle, Caroll...) et de chaussures (Besson, San Marina). Bientôt, ce portefeuille diversifié sera notablement amputé, avec la vente annoncée d'André, de Pataugas, Chevignon, Kookaï et Naf Naf. Cette réduction n'est pas la première que subit le groupe.

En 2008, Vivarte comptabilisait 24 marques et exploitait plus de 5.000 magasins. En 2014, le distributeur employait 22.000 personnes, contre 17.000 aujourd'hui.

La cession prochaine d'André (135 magasins, 786 salariés) fait figure de symbole, Vivarte ayant porté jusqu'en 2001 le nom de Groupe André, et l'enseigne étant à l'origine de la création du groupe.

Le distributeur voit le jour en 1896 à Nancy, lorsque Albert Lévy rachète la Manufacture nancéienne de chaussures, pour fabriquer et commercialiser des souliers bon marché. En 1903, c'est l'ouverture d'un premier magasin à Paris, bientôt suivie de plusieurs autres, sous l'enseigne « André ».

En 1967, le groupe s'internationalise, avec l'ouverture de succursales en Belgique, au Canada, en Italie, en Allemagne. A partir de 1984, il se diversifie dans l'habillement, avec l'ouverture de La Halle aux Vêtements, qui vient s'ajouter à la Halle aux Chaussures, crée trois ans plus tôt. En 1987, le groupe acquiert Pataugas, suivie de Caroll (1988), Creeks, Liberto (1989) et Kookaï (1990).

En 2001, Georges Plassat arrive à la tête du groupe et le renomme Vivarte. Son ambition est alors de doubler la taille du groupe en trois à cinq ans. C'est le début de la course aux ouvertures, avec environ 100 nouveaux magasins chaque année. Les rachats se poursuivent, avec notamment Naf Naf et Chevignon en 2007. Pour financer ces opérations, Vivarte doit faire entrer des fonds d'investissement dans son capital.

C'est alors qu'arrive la crise de 2008. Cette dernière pousse les consommateurs français à réduire leurs achats d'habillement, tandis que l'arrivée de nouvelles chaînes étrangères de « fast fashion » (H&M, Zara...) donnent un coup de vieux aux enseignes de Vivarte.

Le distributeur fait également face à une dette importante, à la suite de son rachat par le fonds Charterhouse, financé par de l'emprunt. En 2012, la dette gonfle à 2,8 milliards d'euros. Parallèlement, les ventes reculent : -4,6 % en 2011-2012, -1,8 % en 2012-2013. 

Quatre PDG en cinq ans

Le PDG de l'époque, Marc Lelandais, n'a pas d'autre choix que de renégocier la dette. Aux termes d'un accord, celle-ci est réduite de 2 milliards d'euros, et 500 millions d'euros sont injectés dans l'entreprise. En échange, les anciens créanciers (les fonds Oaktree, Alcentra, Babson et GLG) prennent le contrôle du groupe.

Pour tenter de regagner des parts de marché, la direction tente une montée en gamme de La Halle. Un échec, qui coupe la marque de sa clientèle populaire.

En 2015, le chiffre d'affaires du groupe tombe à 2,3 milliards d'euros contre 3,1 milliards trois ans plus tôt. C'est le début de la valse des PDG : Marc Lelandais est remplacé par Richard Simonin, puis Stéphane Maquaire. A l'automne 2016, c'est Patrick Puy, spécialiste des restructurations, qui prend les rênes du groupe.

Entre-temps, un plan social, touchant principalement La Halle, est annoncé, avec plus de 1.800 postes supprimés. Les enseignes Accessoire Diffusion, Défi Mode, Compagnie vosgienne de la Chaussure sont progressivement cédées. Pataugas, Kookaï et Chevignon sont sur le point sur le point d'être vendues.

La fusion de La Halle et La Halle aux Chaussures, couplée à la fermeture de 141 magasins de cette dernière, est également désormais programmée. La vente de Naf Naf vient aussi d'être annoncée.

Les syndicats craignent que l'hémorragie ne s'arrête pas là. Le nom de Caroll, l'une des seules enseignes du groupe à avoir réussi à rajeunir son image et dont la direction vient d'être changée, revient régulièrement.

Par Delphine PAYSANT

 

 

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