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25 janv. 2017
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Vivarte : le gouvernement monte au créneau

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AFP
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25 janv. 2017

La ministre du Travail, Myriam El Khomri, a déploré mercredi devant les députés la stratégie financière « de court terme » du groupe Vivarte, qui prévoit de supprimer plusieurs centaines d'emplois, ce qu'elle a jugé « inacceptable ».
 

Myriam El Khomri - AFP


« La situation chez Vivarte, c'est la conséquence d'un LBO (rachat par endettement, ndlr) raté, cette stratégie financière de court terme se traduit maintenant par plusieurs plans de restructuration et la perte de nombreux emplois, et bien évidemment c'est inacceptable », a déclaré la ministre lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale.
 
Selon la ministre, qui a reçu dans la matinée l'intersyndicale du groupe en difficulté, « le groupe Vivarte adopte aujourd'hui une stratégie qui vise exclusivement à protéger les intérêts financiers de ses actionnaires, sans proposer de projet industriel viable ».

« Ce matin nous avons assuré aux organisations syndicales que l'État userait de tous ses leviers d'action pour contraindre l'entreprise à assumer ses responsabilités économiques et sociales (...) Que les choses soient claires, l'État n'homologuera pas un PSE (plan de sauvegarde de l'emploi) qui ne respecte pas les dispositions prévues par la loi, tant en terme de dialogue social que de proportionnalité des mesures d'accompagnement », a-t-elle prévenu.
 
Interrogée sur l'usage du CICE, Myriam El Khomri a répondu qu'il était « encadré » : « Son utilisation doit figurer explicitement dans la comptabilité du groupe et il est légitime de demander au groupe de justifier la manière dont cet argent public est utilisé ». Les fonds versés à Vivarte au titre du CICE se sont élevés à 45 millions d'euros depuis 2013.

Rencontre avec la direction

Longtemps discret, le gouvernement est monté au créneau mercredi sur le dossier Vivarte, affirmant vouloir suivre de près les plans sociaux et les cessions engagées par le distributeur d'habillement, même si ses possibilités d'action restent limitées.

« Il faut que l'État soit aux côtés des salariés (...) avec le souci d'être extrêmement vigilant sur les procédures qui vont être mises en place », a déclaré à l'AFP le secrétaire d'État à l'Industrie, Christophe Sirugue.

Ces propos faisaient suite à une rencontre avec l'intersyndicale (CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, SUD) du groupe, à laquelle assistait également la ministre du Travail, Myriam El Khomri, au lendemain de l'annonce de la suppression de plus de 700 emplois et de la cession prochaine de deux de ses enseignes phares, André et Naf Naf.

Les syndicats tentent d'alerter sur les difficultés du groupe et les menaces sur l'emploi depuis plusieurs mois, mais n'ont été reçus par le gouvernement, pour la première fois, que début janvier.

Les deux ministres ont assuré mercredi aux salariés vouloir s'impliquer dans le dossier, à trois mois de la présidentielle. Ils veulent recevoir prochainement la direction de Vivarte et entrer en contact avec ses actionnaires, les fonds Oaktree, Babson, GLG et Alcentra. Le but est de « leur montrer que l'on suit avec beaucoup d'attention l'évolution de ce dossier et que nous avons besoin d'éclairage sur leurs intentions », explique Christophe Sirugue.

Manque de dialogue social

Néanmoins, les marges de manoeuvre du gouvernement sont minces, dans la mesure où Vivarte est un groupe privé.

« L'État usera de tous ses leviers d'action pour contraindre l'entreprise à assumer ses responsabilités économiques et sociales », a déclaré mercredi devant l'Assemblée nationale Myriam El Khomri, ajoutant : « L'État n'homologuera pas un PSE (plan de sauvegarde de l'emploi) qui ne respecte pas les dispositions prévues par la loi, tant en termes de dialogue social que de proportionnalité des mesures d'accompagnement ».

Le gouvernement s'est montré bien plus réactif sur un autre groupe en grande difficulté, celui du groupe Financière Turenne Lafayette (FTL), propriétaire de William Saurin, Madrange ou Paul Prédault, menacé de faillite à la suite de la découverte d'un trucage des comptes. L'État y a injecté en urgence 13 millions d'euros pour éviter sa disparition.

Sur Vivarte, les ministres entendent cependant avoir des explications et un suivi attentif. Myriam El Khomri a fait part de sa volonté de « sensibiliser » les dirigeants de Vivarte « au dialogue social ». Un manque de dialogue dénoncé par Christophe Sirugue. « Le moins que l'on puisse dire, c'est que le dialogue social à l'intérieur de l'entreprise n'est pas la marque première de Patrick Puy », a-t-il déclaré.

Patrick Puy, à la tête de Vivarte depuis octobre, est connu pour être un spécialiste des restructurations d'entreprises en difficulté. Son nom est notamment associé à la faillite de Moulinex, qui s'était traduite par le licenciement expéditif de 3.700 salariés.

« Pillage organisé »

Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement a estimé que le gouvernement devait « tout faire pour que des gens qui perdent leur emploi, d'abord soient accompagnés, et puis pour éviter que des plans aillent au-delà de ce qui est nécessaire pour qu'une entreprise se redresse ».

Le gouvernement demande un projet industriel pour « que Vivarte ne remonte pas (dans son bilan) toutes les sommes qu'il récupère de la vente de ces enseignes simplement pour atténuer la créance des actionnaires », note Christophe Sirugue.

Dans une interview au Figaro, le patron de Vivarte a assuré que le fruit des cessions d'enseignes sera « intégralement conservé pour financer le développement du groupe et sa restructuration ». Le groupe ploie sous une forte dette de 1,3 milliard d'euros depuis son rachat par endettement (LBO) en 2007.

Si les syndicats ont estimé que les ministres ont « semblé être à l'écoute », ils voudraient que les choses aillent plus loin. L'intersyndicale a demandé des explications sur l'utilisation des fonds versés au titre du CICE (45 millions d'euros depuis 2013) et sur « le pillage organisé du groupe ». La CGT-Commerce a déposé mercredi une requête devant le tribunal de grande instance de Paris pour obtenir des éclaircissements.

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