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23 janv. 2014
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Xavier Clergerie: "Who’s Next doit, dans l'état d'esprit, devenir un événement grand public"

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23 janv. 2014

Samedi, Who's Next ouvre porte de Versailles. L'occasion de demander à Xavier Clergerie, co-fondateur, ce qu'il pense de l'évolution des salons, de l'ouverture de certains au grand public, de l'internationalisation, etc. Il détaille aussi les objectifs de Who's Next.

Xavier Clergerie


FashionMag.com: Le monde des salons est en ébullition. Le Bread & Butter s’ouvre au grand public, Reed rachète Capsule, les organisateurs européens comme l’Italien White veulent s’implanter en Asie, etc. Et Who’s Next dans tout ça ?
Xavier Clergerie: Ça bouge en effet. Mais il s’agit de sujets différents. Aujourd’hui, je ne crois pas à l'ouverture au grand public d’un salon physique. L’outil salon n’est pas fait pour le grand public. Les produits sur les stands ne sont pas de la saison en cours. Les équipes de vente sont à destination des acheteurs. Parfois il s’agit même d’agents qui n’ont pas de contact avec le client final. Et puis vous imaginez à Paris un salon comme Who’s Next qui ouvrirait ses portes au grand public qui voudra acheter évidemment. Qu’en penseront les détaillants de la région parisienne ? On cite en comparaison des salons comme celui de l’automobile. Mais c’est un salon d’essence grand public. Aucune marque vient y chercher des revendeurs. Le système est organisé avec les concessionnaires. Cela ne veut pas dire toutefois, bien au contraire, qu’un salon, et son organisateur, ne doit pas s’intéresser à toucher le public, à s’adresser à lui. C’est justement l’objet de ce que nous faisons à Who’s Next avec l’évolution de notre site internet.

FM: Où en êtes-vous à ce sujet ?
XC: Justement, une version du site nouveau ouvre ces jours-ci pour le salon. Il n’est pas figé et donc évoluera dans les prochains mois. Notre site évidemment a vocation à informer sur le salon. Vous y trouvez les renseignements pratiques nécessaires, la liste des exposants, etc. Mais la nouveauté, et c’est sans doute la chose novatrice et la plus intéressante, c’est la communication que nous faisons avec ce site vis-à-vis du public. Encore faut-il aussi savoir quel public d’ailleurs. Le site de Who’s Next a l’objectif de toucher le grand public influenceur. Pas forcément monsieur ou madame tout le monde. Il faut comprendre comment fonctionne aujourd’hui le marché. Il y a les marques, les détaillants. Mais ce public influenceur est celui par qui remonte la communication auprès de la distribution et les marques. L’important aussi pour ces marques est de pouvoir communiquer auprès de leur communauté. Elles n’ont pas forcément tous les outils pour cela. Who’s Next doit leur apporter. Bien sûr, le salon est toujours un outil de vente. Who’s Next est d'ailleurs un des rares salons aujourd’hui où l’on commande vraiment. Mais il doit être aussi un outil de communication extérieure. En fait, si je résume, Who’s Next doit devenir un événement grand public dans l'état d’esprit. Tout en restant une plate-forme professionnelle sur le terrain.


FM: Comment cela se concrétise sur le terrain ?
XC: Le terrain, c’est le web donc. Déjà par exemple, nous avons contribué à un film sur le thème du jouet (le thème du salon, ndlr) comme curateur. Il est visible sur le site de Who’s Next mais circule depuis au moins deux semaines sur les réseaux sociaux. Le collectif Dent de Cuir a collaboré avec l’artiste électro Sebastian, du label Because Music/Ed Banger Records. C’est une sorte de test. Il y en aura d’autres. S’ajoute une rubrique tendances, une autre products qui référence les meilleurs produits de la saison. On peut imaginer aussi de diffuser sur le site le défilé du salon en temps réel, avec par exemple de multiples caméras, l’internaute pouvant choisir son angle, etc. Les marques pourront y faire leur promotion. Mais attention, il n’est pas question pour nous d’en faire un site de vente. Le projet est engagé. Il n’est pas encore abouti. C’est le travail de l’année qui vient. L’action sur internet, ça permet aussi de toucher des influenceurs du monde entier. Alors qu’un salon physique est bien plus limité.

FM: C’est pour cela que vous n’avez pas engagé, après Dubaï, de nouveaux projets de salons à l’international ?
XC: On a bien réfléchi après Dubaï. Je ne vois pas comment on pourrait implanter un salon dans telle ou telle ville avec la même force de frappe qu’à Paris. Nous souhaitons travailler à un niveau créatif élevé. Or les gens qui sont pointus viennent à Paris. Comment exporter Fame ou Première Classe dans tel ou tel pays ? Et puis la clientèle des détaillants locaux, elle, n’aura pas forcément la culture produit. Je le redis, les bons acheteurs de telle ou telle zone se déplacent tous. On a eu un autre exemple: le salon The Train à New York qu’avait implanté Prêt-à-Porter Paris. Quand nous avons racheté ce salon, nous avons regardé. The Train avait été fort au départ mais au fur et à mesure, les marques présentes n’étaient pas assez pointues pour attirer en masse les visiteurs. Là aussi, on peut penser que les plus pointus viennent de toute manière à Paris. Il vaut mieux trouver les moyens de faire vivre les salons parisiens en communiquant sur eux à travers le monde. D’où donc ce que je vous ai dit sur le site. Nous avons par exemple déjà plus de 30 000 noms en pré-enregistrement sur Who’s Next. C’est ça l’important.

FM: Pourtant, il y a des salons français qui s’exportent avec bonheur semble-t-il, des manifestations d’Eurovet sur le marché de la lingerie, Première Vision …
XC: C’est vrai, mais ce n’est pas la même approche. Ce sont des salons de filière avant d’être des salons de mode. Ils s’adressent pour une grande part à une communauté de professionnels. Nous, nous ne pouvons pas dupliquer un salon sans tenir compte de la spécificité des détaillants et des consommateurs locaux. Et donc nous devrions trop adapter ce qu'est Who's Next.

FM: Donc pas de Who’s Next à l’étranger ?
XC: C’est une simple idée mais bon… On pourrait éventuellement, toujours avec le souci de toucher le public influenceur, ouvrir des pop-up Who’s Next, ou avec un autre nom, qui regroupent plusieurs marques symbolisant l’esprit d’une communauté dans telle ou telle ville. A Tokyo par exemple, une ville idéale pour ce type d’expérience. Mais là aussi il faut un lien avec internet.

FM: Le monde des salons a aussi connu depuis quelque temps des rachats, comme celui de Capsule et Agenda par Reed, Curve par Eurovet, Novomania par UBM, etc. N’êtes vous pas tenté de vous mettre sur les rangs pour intégrer tel ou tel salon ?
XC: Notre actionnaire Exposium nous pousse dans cette direction mais personnellement, Bertrand (Foache, ndlr) et moi, nous ne nous sentons pas à la tête d’un groupe de salons. Notre but n’est pas de grossir de cette manière. Notre travail est de donner de l’image et de consolider Who’s Next et bien sûr nos salons de deuxième session, pas de grossir à tout prix. Nous ne sommes pas là pour juguler la concurrence. Nous avons repris Prêt-à-Porter Paris mais pour d’autres raisons bien connues, notamment conforter la Porte de Versailles. Par exemple, la force de Paris, dans sa deuxième session, est la diversité des manifestations. Et puis, si vous rachetez un salon, celui à qui vous le rachetez peut vite en monter un autre. C’est facile de monter un salon. Mais la difficulté est de bien maîtriser et conforter son propre outil. Et ça, pour personne, c’est facile…

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